Jeudi 12 Janvier 2012 - 16:51:45
La phase expérimentale du projet de Redynamisation des Comités de Santé s’est achevée à Yaoundé au mois de décembre 2011 dernier. Mais les tractations pour les élections des membres des bureaux et leurs formations ont été émaillées d’actes très critiquables.
«Un cadre de la GIZ qui supervise le processus m’a menacé de représailles». Monsieur Sherif Hassan qui fait cette révélation est le nouveau président du Comité de Santé (COSA) de Mokolo. Il a été élu en décembre 2011 dernier au terme d’une élection très courue qui a engendré des inimitiés dans le coin. Animée par des cadres de l’Agence de coopération allemande GIZ chargés de la supervision de ces opérations, et qui voulaient en faire une affaire de tribus. Puisqu’en dépit des résultats obtenus au cours de ce vote dont ils ont imposé le mode, ceux-ci n’ont pas voulu accepter le verdict des urnes. Selon cette source, ledit responsable de la GIZ a tenté d’introduire de force un membre du bureau nouvellement élu qui avait préalablement été disqualifié pour indisponibilité. Ce pharmacien de profession est de la même tribu que l’employé de la coopération allemande qui voulait le voir intégrer le COSA. Parce qu’il n’a pas réussit son entreprise, il s’est mis à vociférer des menaces devant l’assistance présente. «Il les attend dans ses services, et même pendant les formations », a t-il lancé avant de s’en aller, selon des informations de monsieur Hassan. La petite quarantaine, ressortissant de la Région du Nord, qui est né et a grandit dans l’arrondissement de Yaoundé II. Le District de santé de la Cité verte que comporte cette commune est composée de 50 Aires de santé et 11 COSA. Dans la ville de Yaoundé, on a appris que dans certains districts, les formations ont été faites au rabais, puisque à peine la moitié des participants y avaient pris part. Il faut souligner qu’au cours de la formation des formateurs, on avait déjà dénoncé les pratiques nocives des cadres de la GIZ dans le processus. Par exemple, des actes de corruption de certains points focaux devant poursuivre les formations des membres des bureaux des structures de dialogue dans leurs localités respectives. En représailles, la GIZ n’a pas voulu payer à la journaliste qui avait osé rendre publique ces faits la rondelette somme de 600.000 FCFA. Conclu pour la publication d’un dossier de quatre pages sur l’état du processus rendu à ce niveau là. Peut-on comprendre qu’une telle sanction soit infligé à une personne simplement parce qu’elle a fait son travail de journaliste ? Comment croire que l’Allemagne qui s’est publiquement prononcé contre la corruption dans le secteur de la santé, qui promeut la prise en compte des genres dans les projets, et notamment l’implication des femmes se rende coupables de tels actes ? Nous avons écrit à Monsieur Marc Ramaekers, Conseiller technique de la GIZ en charge du Fonds Spécial de santé qui pilote le projet pour avoir son point de vue sur la question, en vain. Les élections dans les COSA des autres régions commencent cette année 2012. Dr Augustin Toto
«La GIZ nous a imposé un scrutin uninominal»
Au terme de la phase pilote de redynamisation des structures de dialogue entamé l’an dernier à Yaoundé par l’agence de coopération allemande GIZ, Le médecin chef du Service de District de Santé se réjouit de l’aboutissement de cette opération et fustige les actes dangereux des cadres de cet organisme.
Vous venez d’achever les élections des membres des Comité de santé, ainsi que leur formation dans votre district. Que peut-on retenir du processus
Il y a quelque temps, la GIZ, sous la demande du Ministre de la santé publique a sollicité la redynamisation des structures de dialogue (SD). Elle existaient dans certains formations sanitaires, mais n’étaient pas fonctionnelles. Un des problèmes, c’est qu’elles ne tenaient pas de réunion, et surtout la SD se résumaient en son seul président. On a donc décidé de redynamiser ces structures, et tout devait partir des élections à la base. C’est-à-dire que dans chaque bloc, chaque village, chaque quartier, ils devaient envoyer leurs représentants qui devaient être élus par la communauté. Ces derniers devaient se réunir au niveau de l’aire de santé pur créer un Comité de Santé (COSA). Mais les gens ont un peu dévié le problème, parce que ayant appris que cela se faisait sous l’impulsion de la GIZ, ils ont cru que c’était une affaire d’argent. Lors des élections, on a eu plein de monde et cela a engendré des inimitiés. Nous avons proposé un scrutin de liste pour que tous les quartiers et les blocs soient représentés, mais la GIZ nous a imposé un scrutin uninominal. Cela veut dire que lorsque une partie a gagné, il prend tous les postes, et le bureau n’est pas représentatif des sensibilités de la communauté. A la demande même de modifier certains postes pour essayer d’harmoniser, les gens écrivaient au Ministre pour dire que c’étaient des élections faussées. Ailleurs cela s’est bien passé, mais dans certaines aires, les gens ont été très impulsifs, on a même failli avoir des bagarres. Ils ont demandé l’arbitrage du Sous Préfet, et avec l’autorité du représentant de l’Etat, on a repris les élections dans certaines aires, et les mêmes personnes ont gagné.
L’avantage c’est que la sensibilisation a été très bonne, les gens voulaient vraiment participer, mais on ne sait pas dans quel but. On nous a même accusé de corruption, alors que l’organisation des élections était à notre charge, elle n’était pas financée par la GIZ. Beaucoup de gens ont prétendu que j’avais reçu de l’argent pour cette activité. Alors que dans le partenariat entre le Minsanté et la GIZ, ce sont les districts de santé qui s’occupent des élections, et la GIZ des formations. Finalement nous avons réussi à organiser les 11 COSA qui ont été formés à la gestion, à la sensibilisation des communautés, à leur rôle dans la structure, et qui vont passer à l’action. Mais les choses ont été très difficiles.
Cherif Hassan
«Les cadres de la GIZ veulent tribaliser cette histoire»
Le président élu d’un des Comités de Santé de Mokolo décrit le déroulement de l’élection qui a aboutit à sa désignation.
C’était une élection comme une autre, qui a été reprise par deux fois. C’était un scrutin populaire, donc il était question que les délégués des douze quartiers de l’Aire de santé de Mokolo d’être représentés. Avant cet événement, nous avons procédé à une mobilisation par la pratique du porte à porte pour informer tout le monde. Au terme de l’élection, certains sont allés se plaindre auprès du Sous Préfet sous le prétexte que toutes les communautés n’avaient pas été informées. Il faut souligner qu’il y avait un premier travail qui avait été fait avec le premier bureau du COSA. Pour sensibiliser la population de la tenue de cette consultation, du lieu et la date de son organisation. Sur les douze chefs de quartier de l’Aire de santé, nous en avions 8 qui nous soutenaient. Mais comme c’était une histoire où les gens avaient formé des camps, ils se sont comportés comme si on était à la guerre. Quand on est passé au vote, nous avons remporté la majorité des suffrages. Ils ont contesté les résultats, parce que pour eux, on avait triché. Quelques jours plus tard, le Sous préfet nous a convoqué pour nous faire savoir que trois chefs de quartiers sont venus porter plainte à son niveau, avec une ampliation au Chef de service de santé de district. Il a été décidé de la reprise des élections, sous la supervision cette fois là du chef de terre, et nous avons une fois de plus gagné. Au départ nous devions nous réunir dans une des salles de la Sous préfecture, mais pour des raisons de commodités, on s’est déporté à la maison du parti de Nkomkana. Il était pratiquement 16 heures de jour là lorsque le quorum a été atteint et que l’on a lancé les hostilités. Cette fois là c’était les délégués, soit 04 par quartier, pour un total de 48 personnes. Pendant l’élection, le médecin chef de district a constaté que l’un des candidats menait des activités de pharmacien, ce que nous ignorions. On l’a tout de suite disqualifié parce que les critères d’éligibilités sont clairs, le candidat doit être disponible. Le Sous préfet avec leur approbation a proposé une autre personne pour que nous allions à l’élection. Etant donné que c’était un scrutin uninominal, après l’élection du président, un cadre de la GIZ a demandé que l’on annule le résultat pour aller au consensus. Comme c’était une proposition que nous leurs avions faites avant et qu’ils avaient rejetée, nous avons refusé d’y adhérer. Contre leur gré, les responsables de la GIZ ont validé ce résultat en proférant des menaces. En présence du chef de district un cadre de la GIZ a laissé entendre qu’il nous attendait dans ses services. Et d’ailleurs, qu’il saurait nous maltraiter même pendant la formation. Il s’est fait finalement représenté par une des collègues au cours de ladite formation de deux jours qui a eu lieu en décembre 2011 dernier. Ce monsieur a voulu tribaliser cette histoire, c’était une affaire où il allait faire passer les bétis par tous les moyens. Ce cadre de la coopération allemande a dit ouvertement, devant tout le monde, qu’il ferait intégrer ses frères dans ce bureau. Dans notre équipe nous avons les membres de toutes les ethnies, donc ses frères sont représentés. Il faut le dire, la grande majorité des habitants de Mokolo sont des Bamilékés. C’est seulement de l’autre côté d’Azegue que l’on trouve des gens du centre et du Sud.
Par Carine Mbeutcha (stagiaire)