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VIH/Sida: Les pronostics sont effrayants

Mercredi 17 Février 2010 à 17:25:53

 

Malgré des annonces rassurantes du Ministre de la Santé Publique camerounais, l’actualité n’augure rien de bon. Analyse.   

 

 

 

 

 

Depuis l’année 2008, il ne se passe pas de mois sans que l’on ne déclare les ruptures d’une ou de deux molécules antirétrovirales (ARV) ou de réactif. Dans les centres de Prise en charge (PEC) des malades du sida et dans les hôpitaux, l’actualité est rythmée par ces carences qui épuisent patients et soignants. Les faits qui ont été vécus au cours de la première semaine du mois de Février à l’hôpital de District d’Akonolonga dans la région du Centre ne sont que la face visible de l’iceberg (voir article précédent). Parce qu’outre l’absence de réactifs nécessaires pour la réalisation des analyses biologiques, les tensions des ARV sont quasi permanentes.

 

Et ce ne sont pas les 8,187 milliards à dépenser sur 2 ans qui viennent d’être alloués au gouvernement camerounais par le Fonds Mondial (FM) qui viendront régler les problèmes qui subsistent sur le terrain. Dans la mesure où cette enveloppe servira seulement à l’achat des ARV comme l’a annoncé le Ministre de la Santé Publique, André Mama Fouda le 04 Février 2010 dernier, au cours de ses échanges avec la presse nationale. Illustration. A l’Hôpital du Jour (HDJ) de l’Hôpital Central de Yaoundé (HCY), il est un peu plus de 15 heures de l’après-midi ce 10 Février lorsqu’une jeune malade du sida émerge du cabinet du médecin en poussant des cris stridents.

 

Agée d’environ trente ans, elle est soutenue par une jeune paramédicale visiblement désorientée. Deux autres infirmières qui reviennent du point de distribution des ARV font irruption dans la salle d’attente où la malade vient d’être installée. «Elle n’a pas un sou susurrent-elles, et à la pharmacie il n’y pas tous ses produits».  De ces médicaments qui manquent elles citent un antipaludique, le Coartem, et un autre remède sur un ton inaudible. Parce que m’ayant reconnues, elles ont baissé le ton tout en s’éloignant. Elles sont rattrapées par la coordonnatrice du service, qui suggère que ce cas soit transmis au service social.

 

Ce d’autant que, comme le lui ont révélé ses collaboratrices, ce sont elles qui se sont souvent cotisées pour lui acheter certains produits, même ses repas. La facture de ce jour est estimée à 1.700 FCFA (mille sept cent), mais aujourd’hui, elles-mêmes sont démunies. C’est Sarah, une ARC (agent relais communautaire) qui est allée la chercher à son domicile à Madagascar car elle est la seule à pouvoir la localiser. Amaigrie et faible, la jeune femme est incapable de marcher sans s’appuyer sur quelqu’un d’autre.

 

Le médecin traitant a prescrit une radio du thorax puisqu’elle disait avoir mal sur le côté gauche. Mais au service d’imagerie, «la radio est en panne et les techniciens sont déjà rentrés», selon les infirmières qui l’y ont conduite. Rendu vers la fin de l’après-midi, ces dames envisageaient de la faire interner. Mais il fallait que quelqu’un ou le service social accepte de supporter les frais y afférents. Et qu’un autre bienfaiteur prenne en charge sa petite fille de 8 ans qui a échappé à la vigilance de la voisine pour se lancer à la chasse de sa mère. Peu avant 17 heures au moment où je quittais l’hôpital, Sarah la recherchait toujours.

 

Selon les statistiques officielles, on comptait jusqu’à la fin de l’année 2009, 543.000 personnes vivants avec le VIH/Sida (PVVIHS) sous ARV, dont 45.000 enfants et 300.000 femmes âgées entre 15 et 49 ans. Les PVVIHS avaient atteint les 75.900 à fin Décembre 2009 selon les révélations d’André Mama Fouda. Ils oscillaient entre 51.000 et 55.000 au milieu de l’année. Les professionnels du terrain font savoir que «la file active de patients sous ARV croît de manière vertigineuse tous les trimestres».  L’Enquête Démographique et de Santé  (EDS) 2004, avait établi à 5,5% le nombre de camerounais touchés, dont 6,5 % de femmes. Compte non tenus des disparités dans la prévalence observée entre les localités du pays.

 

Au cours d’un précédent échange avec la presse à la fin de l’année écoulée, Mama Fouda assurait déjà les malades de la disponibilité des ARV pour une période de 18 mois. Ce sera le cas jusqu’à fin Décembre 2011, en raison de l’enveloppe octroyée par le FM. Et bien plus parce que le Minsanté a inscrit diverses lignes totalisant 09 milliards devant d’une part couvrir la contrepartie de l’Etat sur l’achat des ARV, et d’autres parts, la prise en charge des nouveaux malades éligibles aux traitements en 2010, ainsi que le fonctionnement du Cnls (comité national de lutte contre le sida). 

 

Dans ce volet, il faut inclure la participation du secteur privé à travers le GICAM (groupement inter patronal) suite à la défiscalisation de leur contribution à l’achat des ARV édictée par la loi des finances 2010. A la lumière de ce qui précède, on a des raisons de douter de la volonté des pouvoirs publics à supporter leurs charges dans la réalisation de ce projet à financement conjoint. Car le FM ne finance que les Gap et non la globalité des programmes pays. Le Cameroun a ces quatre dernières années été recalé aux rounds successifs de financement de cette institution (2006, 2007, 2008 et 2009). Dans les formations sanitaires et les communautés, l’incidence  de ces déboires est importante.

 

Une Ong comme IRESCO a passé le temps à rechercher des partenaires pour la réalisation de ses activités de sensibilisation et de prévention. Le Projet national de soutien aux Orphelins et enfants vulnérables (PNS-OEV) a enregistré de nombreux couacs. D’ailleurs il n’a été effectué que sur un seul trimestre de l’année 2009 par exemple et par le groupe Care Cameroun, bénéficiaire principal comme l’Etat camerounais des subventions du FM, appelé à la rescousse par le Minsanté. D’un autre côté, si on se réfère aux informations divulguées par des sources proches de la direction générale de la Centrale d’approvisionnement en médicaments et consommables médicaux (CENAME), l’Etat camerounais devrait à la structure la rondelette somme d'environ 10 milliards de FCFA.

 

De génériques subventionnés et pré financés par cet organisme, qui n’aurait pas été remboursé à ce jour. D’autres sources évoquent une éventuelle faillite de la CENAME qui ne parviendrait plus à honorer le quart des commandes passées par les centrales régionales. Alors question, avec quoi le gouvernement va-t-il nourrir les milliers de malades du sida qui consomment des produits subventionnés ? A en croire le Minsanté, «des mesures ont été prises pour assurer sans perturbation la gratuité des ARV et des médicaments contre les infections opportunistes». Allusion aux 8,187 milliards du FM et les 9 milliards de l’Etat, pour un total de près de 18 milliards de nos rares francs CFA.

 

Qui ne sont pas destinés aussi au fonctionnement des 23 CTA (centre de traitement agrée), et 113 UPEC (Unité de prise en charge) disséminés sur le triangle national. En 2008, 39.000 décès suite au sida ont été répertoriés, faisant 305.000 enfants orphelins du fait du sida. De l’avis du Ministre, avec une prévalence de 5,1% à fin 2007, «le Cameroun se trouve dans un contexte d’épidémie généralisée».

 

On se souvient que quelques mois seulement après sa prise de fonction, et au cours de la restitution de la toute première Semaine d’action santé pour la nutrition infantile et maternelle (SASNIM) en mars 2008, Mama Fouda laissait éclater son impératif besoin de disposer des statistiques réelles dans le secteur. Des chiffres qui selon ses propos, étaient susceptibles de lui permettre de mieux planifier ses actions. Le Cameroun a reçu du Fonds Mondial un total de près de 70 milliards entre 2002 et 2009 affectés aux programmes sida, paludisme et tuberculose, qui auraient été utilisé pour financer des chimères. .  


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Auteur
Ndjabun Irène Sidonie journaliste
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Pensée du jour
On a besoin d'un plus petit que soit.

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