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Médecine Douce: Les plantes font leur marché

Mercredi 16 Juillet 2008 à 14:9:55




 Implanté au cœur de la briqueterie à Yaoundé depuis un quart de siècle, le petit marché attire des foules. Hommes et femmes de toutes les catégories sociales viennent y chercher le salut. 

Irène Sidonie Ndjabun

Le Meboué, le Bikun le Ndong, l’Eton, le Ngouongono,, l’Assang, le Wondo Bekwon, le Ndut, etc . Voilà énumérés quelques noms en langue vernaculaire Béti, de plantes exposées dans un mélange d’écorce, de racines et de feuilles étalées sur de petits morceaux de sac en matière plastique posés à même le sol. Que vendent des dames perdues au milieu de leurs congénères qui commercialisent des denrées alimentaires diverses. Tous les dimanche matin depuis un quart de siècle, Maman Ondoa, maman Honorine aux côtés de sa belle fille Christine et les autres sont au rendez-vous. Et s'installent aux premières heures de la mâtinée (6 heures) de parts et d'autres de la voie secondaire qui traverse ce coin du quartier Briqueterie situé en plein coeur de Yaoundé. Cette bretelle dessert la paroisse catholique qui a donné son nom à cette petite place marchande. Le marché de la «mission» comme on l’appelle ici, grouille de monde dès le début de la mâtiné. Visiblement, la majeure partie des personnes qui convergent en ce lieu viennent y acheter des plantes médicinales. Ce dimanche 29 juin à 10 heures, le soleil est au rendez-vous, vendeuses et acheteuses aussi. Madame  Marthe Bengono est infirmière en service dans une clinique de Nkolndongo, un quartier de Yaoundé.

Elle dit souffrir de «voussures dans l’abdomen depuis 1999»«toutes les analyses médicales et autres imageries médicales auxquels elle a été soumises n’ont abouti à rien». Il y a un peu plus d’un mois, raconte t-elle, elle s’est rendue dans son village dans la province du Centre pour un enterrement. Là bas elle a eu une crise qui a été stoppée grâce à une potion que lui avait offert une maman, et avec lequel elle s’était également purgée. Madame Bengono révèle qu’ensuite les douleurs gastriques ont cessé, le col de son utérus a repris sa position normale. Elle est là ce matin parce qu’elle a l’impression que les douleurs ont migré vers ses jambes. C’est en discutant avec une des patientes de la clinique qu’elle a appris l’existence de ce marché. Christine, la vendeuse lui a prescrit cinq espèces d'herbes qui vont soulager ses douleurs pour le prix de 1.000 (mille) FCFA. Mais Marthe refuse d’en donner les noms et l’interdit à la vendeuse. A sa suite, d’autres femmes, dont la majorité portent des enfants en bas âge (Moins d’un an), s’arrachent les produits proposés, les unes connaissant parfaitement de quoi elles ont besoin. Leurs petits souffrent pour la plupart de Ndiba (sorte d’infection génitale qui rougit les fesses du bébé, et des adultes et provoque des démangeaisons et des blessures).

Elles repartiront de là les bras chargés de petits fagots constitués de feuilles et d’écorces acquises au prix de 500 (cinq cent) ou 1.000 (mille) FCFA selon la gravité du cas. La prescription est un mélange de canne sauvage ou «Mien», d’écorces comme l’Assang Afan, et des feuilles rampantes qui doivent être bouillies et le liquide utilisé pour le bain d l’enfant. Pour les dames qui souffrent du même mal, le massage des parties infectées est requis avec le crème obtenu à partir de la mastication de trois autres produits dont : Le Ndong qui une sorte de fruit sec très épicé, le Bikun et de la cola. Cette gratin peut également être consommée par voie orale. Parmi ces dames, Amina enceinte, est venue consulter car elle a perdu son premier bébé de huit mois des suites de cette maladie, le Ndiba. Aussi voudrait-elle éviter une récidive étant donné "qu’on lui a fait comprendre que c’est elle qui l’a transmis à son défunt fils», selon ses propos. Prise séparément par Maman Ondoa, elle reçoit des explications exactes sur le mode de préparation, d’utilisation et la durée du traitement, lesquels doivent être scrupuleusement respectés, comme le lui fait comprendre la praticienne. Qui la prévient de ce que «les échecs de traitements sont dus au fait que la plupart des dames ne respectent pas les consignes de préparation et d’utilisation», dit-elle.

Nelly Kouantchoua pour sa part est bien mécontente, car il n’y a pas de traitement pour son fils de 18 mois atteint de teigne qui ne s’arrête pas malgré les traitements modernes usités. Rendez-vous lui est donné le dimanche prochain, sa provision lui sera préparée par maman Honorine. Aïcha quant à elle se plaint de pertes abondantes et découlement vaginal, Maïmouna Ncharé elle a les vulves enflées et blessées, et ne peut supporter un acte sexuel. Les deux seront soumises à la même thérapie : Des ovules indigènes qu’elle fabriqueront avec des feuilles et les branches d’Assang Afan (plante rampante parsemée de grappes de feuilles claires), après les avoir ramollies en les plaçant au fond d’une marmite cocotte préalablement chauffée. Lesquelles seront ensuite écrasées et roulée en forme petite boule qui sera introduite dans le vagin le soir au coucher. Ce traitement est proscrit au femmes qui allaitent dans la mesure où «il bouscule tout», selon les vendeuses. Qui font savoir qu’elles récoltent ces plantes en brousse et dans leur environnement. Le gros des acheteuses se recrute parmi les musulmanes, «qui avoue qu’elles croient à l'efficacité de nos plantes médicinales».

Aïsatou est venue avec son bébé de 5 mois pour chercher un étrange produit. Il s’agit du Wozo Wozo qui permettra à son nourrisson de marcher plus vite. Macéré dans de l’eau, le produit sera placé sous le lit le soir au coucher, puis enlevé le matin pour le faire boire au bébé une à deux fois. Pour soigner la frontanelle dont souffre le nourrisson de Maïmouna, maman Honorine lui donne de l’Ava, qu’elle devra mélanger avec de l’huile de palmiste après avoir écrasé les feuilles. Une partie sera posée à cet endroit du crâne de l’enfant et l’autre administré par voie orale pendant une semaine. Puis arrive en moto taxi Marguerite, jeune femme d’une trentaine d’année visiblement très pressée. Elle saute de la moto, s’empare d’une botte de feuilles, lance deux pièces de 100FCFA à Maman Ondoa et disparaît aussitôt. Mais avant de s’en aller, elle refuse d’indiquer à quoi elles vont servir et prescrit la même démarche à la vieille dame. A côté, sa consoeur n’est pas du même avis, et rétorque aussitôt qu’il n’est pas question de cacher un produit, car chacune doit pouvoir profiter de ses vertus. Aussi révèle t-elle que «la plante achetée par la jeune femme attire les hommes». D’ailleurs, renchérit la vieille dame, elle n’a pas pris toutes les neuf variétés qui assurent une efficacité certaine. "De nombreuses personnes sont venues acheter le Ndut, qui chasse la malchance", renseigne la dame. Qui nos présente toutes les variétés qui jouent le même rôle à l'instar du Wondo Bekouon, le Ngongono, et l’Assang si elles sont mélangées aux feuilles des arbres que l’on trouve près des marécages, selon des informations sur le site. Contre les fausses couches, l’Assang est conseillé, ajouté à de l’Ebon Afan ou arbre de la brousse.

Pour les Diarrhées et la fièvre de l’enfant et de l’homme adulte, L’Eton est recommandé. Cette écorce peut aussi être prescrite aux patients souffrant d’hémorroïdes, le traitement consiste à s’asseoir sur le récipient dans lequel il a été préparé ou renversé encore chaud. Contre les maux de dents, on a les feuilles d’Eboué, et la canne sauvage. Le macabo sauvage est utile pour le traitement des bouffées de chaleur dans l’estomac. Entre 10 heures et 11h30, plus d’une cinquantaine de femmes ont fait appel à l’expertise de ces tradi-praticiennes. Les prix varient entre 200 et 1.000 FCFA, et «leurs médicaments font des miracles » selon les clientes. Depuis 25 ans, Maman Ondoa et les autres ne se sont jamais inscrites aux abonnés absents, sauf en cas de maladie. Leurs recettes journalières varient entre 20 et 30.000 FCFA.  Quant aux noms scientifiques de ces plantes, elles ne les connaissent pas. a l'institut des recherches des plantes et l'Etude  sur les Plantes médicinales (IMPM), il faut avoir les échantillons de ces végétaux pour pouvoir retrouver leurs identité scientifique. Ces préoccupations seront examinés dans la suite de cette série Sur les plantes et leurs vertus. la réponde nationale ainsi que les actions des acteurs étatiques et privés.  

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Auteur

Ndjabun Irène Sidonie journaliste
BP 2303 Messa -Yaoundé tel 77 91 44 86 sitounou@ya

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L'echec est le chemin qui mène à la victoire.

Transmis par Mazawazé (Paris)

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