Mardi 16 Juin 2009 à 13:16:26
Quelques Agents de proximité recrutés dans le cadre de la lutte contre le Sida racontent leur quotidien dans les formations sanitaires publiques où ils officient. Ils sont issus de 50 des 500 associations de Personnes Vivants avec le VIH/Sida inventoriés au Cameroun. A raison d'une dizaine de personnes par association qui sont assisté d'un travailleuu social. Ils étaient liés au Ministère de la Santé Publique par un Contrat de « Louages de Services » signé en 25 qui a été récémment suspendu par le chef du Département André Mama Fouda. Ils, plutôt elles, parce que ce sont en majorité des femmes, témoignent sous anonymat, pour éviter de frustrer leurs familles qui ont déjà assez souffert de cette activité.
«Comme vous pouvez le constater, nous ne sommes pas joviales comme à l’accoutumée. Nous n’avons aucune raison de nous réjouir au regard des nouvelles qui nous parviennent au fil des jours. Et qui touchent directement à notre destin, et celui de nos compatriotes vivant avec le VIH. Depuis le début de cette année, nous allons de bévue en bévue et le bout du tunnel semble encore très loin. Ici à l’hôpital du Jour (HDJ), de plus en plus de malades disparaissent sans laisser de traces. Certains sont éligibles au traitement par AR, d’autres pas, mais cela ne change rien puisqu’ils peuvent transmettre le virus. Les premiers sont découragés par les ruptures de réactifs par exemple sans lesquels on ne peut faire leurs examens pré thérapeutiques nécessaires pour la mise sous traitement. Dans ce cas, comme cela est déjà arrivé entre avril et mai dernier, les malades se débrouillent comme ils peuvent pour faire leurs analyses médicales. Mais bien plus l’absence ou le rationnement des produits qui composent leur protocole. Depuis le 17 mars, nous faisons notre travail à moitié, car nous n’allons plu recenser les perdus de vue à la pharmacie pour les appeler. Car notre tâche consiste à leur recherche, l’assistance au comité thérapeutique, l’inventaire des patients passés au comité, le nombre de malades qui sont venus pendre leurs médicaments, et ceux qui ne sont pas venus. Ce sont ces derniers que nos appelons pour connaître les raisons de leur absence. S’ils sont alités ou ont d’autres problèmes qui les empêchent de se présenter au CTA, nous allons vers eux, à leur domicile les écouter et leur apporter leur traitement.
A l’HDJ Nous arrivons tous les matin à 8 heures pour recevoir les usagers, et répondre à leurs questions. Nous sommes 07 ARC dans ce service qui reçoivent entre 50 et 60 personnes par jour qui veulent tout savoir sur le fonctionnement du centre (car beaucoup se perdent lorsqu’ils arrivent), et d’autres informations le VIH et les traitements proposés. Le mercredi en début d’après midi, nous participons au comité thérapeutique pour l’examen des protocoles destins chacun des dossiers du jour. Le lendemain jeudi nous passons à l’initiation au traitement (causeries éducatives et échange de numéro de téléphone) qui commence le vendredi matin. Par la conduite chez le médecin pour le retrait de l’ordonnance. Certains sollicitent plus de conseils à domicile, notamment les plus faibles qui n’ont pas bien compris les choses pendant la causerie.
On note ainsi beaucoup de confusions dans l’observance de leur traitement. Par exemple, Certaines molécules sont présentées sous la forme monothérapie, d’autres sous bithérapie comme le Zidolam N qui est un mélange du Duovir et de la Névirapine dans un seul comprimé. Lorsqu’il n’y a pas ce produit, on le substitue par les boîtes de chacune de ces deux molécules. Au lieu de prendre les deux comprimés en même temps, les patients boivent d’abord une boîte jusqu’à épuisement, et ensuite l’autre. C’est très dangereux, parce que leur état de santé s’aggrave au lieu de s’améliorer et d’autres en meurent. Certains appellent lorsqu’ils vont mal pour se renseigner, et c’est alors que nous intervenons très souvent chez eux pour leur expliquer la posologie réelle.
D’autres patients encore inversent les produits à prendre au coucher ou au lever du jour. Le Stocrin par exemple ne se prend pas le matin, mais le soir au coucher. Si vous l’inverser, les conséquences peuvent être très grave. Nous donnons également des conseils nutritionnels et psychologiques, car les malades pensent quand on leur demande de bien manger qu’il leur faut beaucoup d ‘argent comme ils s’en plaignent. Dans ce cas, on leur fait avoir qu’avec les feuilles de manioc, du jus de noix de palme, et des arachides accompagnés d’une tubercule de leur choix, ils peuvent bien s’alimenter. Egalement, la Banane Plantin sautée (malaxée) avec des arachides et de l’huile de palme est très nourrissant. Outres ces problèmes, lorsque nous conseillons aux malades de respecter les heures indiquées pour la prise de traitement, ils nous demandent si nous pouvons faire de même.
C’est en apprenant que nous sommes comme eux que beaucoup se plient et accepte non seulement leur statut, mais adhèrent au traitement. Nous étions ainsi plus de 400 agents qui avaient été recruté en 2005. Près de 200 autres nous ont rejoints en 2007, et nos contrats ont été renouvelés. Aujourd’hui le gouvernement suspend notre collaboration, et nous inversion dramatique des pronostics dans la lutte contre le sida. Imaginez un seul instant qu’à cause des ruptures de réactifs durant les mois d’avril et mai, le nombre de malades reçu à l’HDJ a chuté de moitié, passant de 60 à 30 patients. Ces derniers sont ceux qui ont sollicité d’autres laboratoires pour leurs examens.
Les pénuries des bulletins d’examen actualisé constituent un autre problème, qui éloigne les malades des traitements. Car lorsqu’ils se présentent au Centre Pasteur du Cameroun (CPC) avec les anciens bulletins portant les prix forfaitaires d’il y a deux à trois ans (16.000 ou 21.000), ils sont repoussés. Depuis plus d’une année, le bilan biologique subventionné par le Global Fund est arrêté à 3.000 FCFA. Il n’y a que nous pour leur expliquer tout ça, les médecins ne peuvent pas suffisamment de temps pour faire ce boulot».